Daniel Canty, Les espaces sans réponses

Une toile délimite un espace dans l’espace. Au fond des yeux, qui sont des extensions du cerveau, la pensée creuse. À tout moment, nous avons en tête au moins deux façons de sortir de nous-mêmes, ou à peu près. La petite architactrice d’en haut le sait. Elle sait aussi qu’elle vit perchée au cœur de son système nerveux, et que le geste de peindre peut reconduire la conscience aux extrémités, et prolonger la pensée, cet écho du corps et des espaces qui l’habitent.

Pour répondre aux questions sans issue qui l’intéressent, l’architactrice a cru bon de s’inventer un nom. Je crois qu’il s’applique autant à elle qu’à ses toiles. Après tout, qui saurait vraiment dire où finissent les espaces qui nous entourent, et où commencent nos corps? Dans la blancheur ou la noirceur spacieuse de ses tableaux, l’architactrice suspend, en guise de réponses, de vertigineux mobiles architecturaux. En nos esprits imparfaits, ces anti-couleurs semblent un avatar du néant, et ces mobiles, des versions de lieux quotidiens, vidés de notre présence, retournés sur eux-mêmes. Aux points de contact des espaces et du vide, lignes et surfaces gagnent en transparence. L’architecture est soumise à des mouvements contradictoires, et existe en équilibre instable : elle semble surgir du vide, mais pourrait aussi bien être en train de s’y dissoudre. Sa solidité apparaît comme un état transitoire, sa géométrie, comme une proposition fuyante — elle rayonne à tous ses Points de suspension, conjuguant la fixité d’un pan de mur avec la volonté de bouger.

Les lieux des tableaux, malgré leur impossibilité physique, sont percés de jours, de portes et de seuils inaccessibles. De toute évidence, celui qui voudrait y pénétrer devrait accepter de voir les limites de son propre corps être redessinées. Le vide en appelle donc, inévitablement, à une notion complémentaire : l’obscurité des organes. Ces formes orangées, charnelles, qui se profilent parfois aux abords, semblent les éléments d’une gestation, d’une émergence, interrompue ou à venir. À la limite du vide, quelque être inédit s’approche, se profile sans se résoudre à prendre corps. Cette incertitude traduit Le vertige de l’organe à habiter sur le vide.

Les tableaux communiquent le sentiment d’un espace vécu, et on est en droit de se demander, devant leur radiante solitude, quelle part de ce sentiment n’appartient qu’à l’espace, et quelle part à nos corps en lui. On voudrait immédiatement répondre, « aucune », mais les questions sans réponse en appellent à d’urgentes reformulations. Qu’est-ce que ressent un espace sans personne? C’est encore une question posée par quelqu’un. À nous d’avancer de nouveau vers ces formes mouvantes qui nous relient au corps des choses, et nous préservent de la pensée du vide

Marsha Taichman, The Poetry of Space in Magalie Comeau’s Paintings

Magalie Comeau is an explorer. She finds spaces and scrutinizes them, taking time to mull over and dissect them in her mind. She then thoughtfully re-pieces these sites on her canvases. Rather than capturing the walls and floors of a building as they would appear in three-point perspective, Comeau twists and turns architecture, cross-sectioning and bending interiors outwards while further complicating her multifaceted horizons by subdividing the rooms, confusing inside and outside. They are dizzying propositions, and when she claims to have been visually overloaded from her investigations, I am not inclined to argue. She looks at how bodies (her own and others) interact with space, how we react and respond to the places that we inhabit. She thinks of these physical structures as distinct personalities that she is responding to, and that these skewed rooms become presences akin to people.

These paintings evoke the city, its buildings and inhabitants. They are also reminiscent of the city’s grit, its dust clouds and the sprays of graffiti so prevalent in urban environments. Yet other images seem tranquil, dusky and domestic. Comeau does not choose one particular type of place to dissect and repurpose. In her recent work Le vertige de l’architactrice, the centre of the image is a room with diffuse natural light and hardwood floors, evoking some kind of habitable structure. The setting is so welcoming that it becomes familiar.

The execution of Comeau’s paintings is stunning, demonstrating a patient craftsmanship. She paints with oil in order to build complex colours and smooth blending. One element of her oeuvre that is extremely striking is her capacity for hard-edged painting. To achieve such sharp lines and well-defined shapes with oil is becoming increasingly rare in contemporary painting.

Comeau’s paintings offer glorious juxtapositions of hard and soft, with their narrow corners and walls protruding into nowhere. They are improbable floor plans, with bursts of cloud and shadow obscuring the clean geometry of the sites. Greys and muted tones are shocked with unexpected regions of bright colour. These pops of red or blue or green become the focal points of the works. These paintings do not seem grounded in any reality that I have experienced, and yet I am inclined to try to unscramble each locale and try to discern what makes each canvas (and, by extension, each space depicted) so uncanny and disembodied while they are still warm with human presence.